Une très bonne idée ce rallye. Ambiance très chaleureuse, malgré la pluie. Seulement 6 annexes, avec des petits moteurs dont il faut refaire le plein … ou ramer.

1er RALLYE DES ANNEXES

Ciel de plomb, montagnes environnantes enveloppées d’écharpes de brume, horizon bouché, océan plus noir que l’encre, enfin quoi, le genre de temps qui vous fout le cafard jusqu’à la moelle car le bel été nous quitte doucement et sûrement.

Mais ce 17 août, tout est différent : je ne vois rien, je ne sens rien, je n’entends rien, je suis dans ma bulle et mon humeur est des plus joyeuse car c’est le jour du 1er Rallye des annexes.

Ca ne traine pas. Je loge le moteur dans le Duster au dernier moment, à cause des odeurs d’essence. La veille, j’ai casé l’annexe dans le coffre et je roule jusqu’au port. La radio diffuse une chanson de Zaz « on ira »qui me semble être de circonstance. Je charge fébrilement le tout sur un beau chariot bleu.

Première difficulté : la descente sur le ponton qui est plutôt raide, la marée est basse, plus basse que prévu, mais, miracle, Hervé est là pour me donner un coup de main (les miracles suivent obligatoirement les emmerdes ; pas d’emmerde pas de miracle) et l’on se dirige vers le ponton F où, la veille, j’avais repéré un espace suffisant pour mettre mon Bombard à l’eau.

Je gonfle, c’est long, long. Je suis trop impatient mais Manu qui m’a entendu depuis son « Gochoki » au ponton F vient me prêter main-forte ; à deux, c’est bien connu, on va deux fois plus vite et voilà déjà mon embarcation à l’eau, moteur en place qui démarre au premier coup de ficelle ; il était impatient de reprendre du service, 10 ans de sous-sol c’est un peu long pour un aussi joli moteur.

Premiers essais, l’embarcation est fougueuse, 10 minutes d’apprentissage sont nécessaires  pour que l’entente entre le moteur, le pneumatique et le marin soit acceptable mais ça va, l’annexe Siwa est prête pour la grande aventure ; l’exploration de la baie de Txingudi et l’estuaire de la Bidasoa.

L’heure du rdv approche. Je me dirige fièrement vers les pontons de Tribord, lieu de départ du rallye, vite rejoint par Gene et Manu et Isabelle et Hervé. Devant nous  vogue un autre pneumatique qui manifestement va participer au rallye mais que je ne reconnais pas tout de suite ; c’est Jean-Loup !  son annexe impeccable semblait sortir de la vitrine du marchand.

Car, difficile de reconnaitre les gens à distance !  Si on était encore en short, la partie haute de notre corps était bien couverte, avec chapeau de pluie, coupe-vent, Kway, anorak et autres.

A 9heures  6 annexes étaient présentes : Joëlle et Patrice avec l’annexe de AY, Geneviève et Manu avec l’annexe de Gochoki, Isabelle et Hervé avec l’annexe de Tomawak, Michel Collet avec l’annexe de Moulin à Vent, Jean-Loup avec l’annexe de Arina et moi-même avec l’annexe de Siwa, cela faisait 3 couples et 3 hommes seuls.

Frisson de panique, le bateau assistance n’est pas là ! On s’apprêtait à quitter le ponton pour rejoindre l’étape1, quand surgit l’immense vedette de Pierre accompagné de Joël, sourire aux lèvres, les deux se régalant de la plaisanterie qu’ils venaient de nous faire, se doutant bien, que leur absence avait suscitait une inquiétude certaine.

Le rallye peut partir vers la première destination, les bateaux  s’éparpillent pour se retrouver dans le chenal qui mène au 4ème port de Fontarabie. Tout de suite chacun trouve son style de navigation, Michel Collet nous fait une démonstration de sa vigueur en relayant son moteur à la rame. Diable, l’homme est vigoureux et en pleine forme !

Tout se déroule parfaitement, chacun respectant les indications du « navy-book » distribué au départ, ou la veille. Petit incident sans gravité : avant de rejoindre la maison de Pierre Loti un bout est passé dans l’hélice de l’annexe de Tomawak, ce sera le seul incident du voyage

Ainsi après le joli petit port de Fontarabie, on découvre la maison de Pierre Loti. Joëlle et Patrice font gentiment étalage de leur culture ; ils connaissent tout de la vie de cet écrivain et j’apprends qu’il est mort ici à Hendaye.

En passant devant le triste port de Caneta tout le monde fait la même réflexion ; pourquoi ne pas l’aménager comme l’on fait les espagnols dans le port que l’on vient de quitter ? Idéalement placé près du centre-ville, Hendaye se prive d’un atout commercial et touristique important, surtout, quand on sait qu’un port de plaisance ne coûte rien, les redevances des usagers payant facilement les crédits.

Notre périple se poursuit mais chacun d’entre nous est encore un peu tendu aux aguets de la moindre ratée du moteur. Nous ne connaissons pas bien nos embarcations car neuves ou délaissées depuis trop longtemps. Ce rallye est une bonne occasion de remédier à tout ça.

Passé les trois ponts délimitant le domaine maritime et fluvial tout le monde est maintenant pleinement détendu. Les moteurs chantent de bonheur (l’hymne à la joie) les pneumatiques rient en émettant un petit claquement sur les vaguelettes et les marins, heureux et curieux scrutent et découvrent les rives luisantes remarquant des bateaux échoués ou quelques vieilles épaves abandonnées.

Tout baigne, au propre comme au figuré : il pleut ! Et on est trempé jusqu’aux os mais bizarrement, je ne m’en suis rendu compte que lorsque la pluie a cessé de tomber ;  c’est vous dire si mon attention était entièrement prise par ce voyage au fil de l’eau.

Petite halte au niveau de l’île des Faisans. J’invite Patrice à aller boire un café qu’il réclame depuis le départ car sur ce territoire international, les ventes sont en Duty free. Dommage qu’il n’y ait ni ponton ni magasin !

Jusqu’au pont sous l’autoroute, le paysage a changé ; les roseaux et les jardins maraichers ont fait place aux maisons des Joncaux et Behobie.

Au pont de l’autoroute, l’océan nous semble bien loin. Entourés et dominés par les montagnes, on se croirait plus au cœur des Pyrénées qu’au bord de la mer ; en quelques kilomètres le dépaysement est total, c’est ce qui fait le charme d’Hendaye.

Retour par la rive droite de la Bidassoa chacun à son rythme.

L’image que je garde de ce retour c’est celle de Michel Collet. A un moment je me rends compte qu’un haut fond  présente un danger pour les bateaux, ayant moi-même légèrement talonné. Derrière moi se trouvent Pierre et Michel ; je fais demi-tour et je leur fais signe de passer plus au milieu du fleuve ; Pierre interprète parfaitement mes gestes et dévie  sa course.

Quant à Michel, je le revois, assis au-devant de son annexe, bras croisés, barre et accélérateur bloqués, tel un sphinx de pierre parfaitement immobile le regard fixé droit devant lui. Il ne voyait rien, n’entendait rien, où était-il ? Dans le delta de l’Orénoque ? Sur le Nil ? En Amazonie ? Sur le Yang Tsé Kiang ? Nul ne le sera jamais, même pas lui ! Heureusement, la chance a voulu qu’il évite le haut-fond.

Pour nous aussi ce fût une matinée de rêve. Avec nos jouets nous étions redevenus ados, nous avons fait une cure de jouvence. Aussi l’apéritif fût très animé, chacun faisant part de ses impressions et pensant déjà à l’année prochaine et aux améliorations à apporter à ce rallye.

La chanson  de Zaz me revient en mémoire, surtout le refrain qui dit : « mon dieu que notre chance est belle ».