Compte rendu de la réunion Protection des coques de bateaux

 

Mireille Denechaud rappelle que les coques immergées sont colonisées par différents organismes (bactéries, algues….), ce revêtement ‘fouling’, nuit au bon état des coques et constitue une gêne pour la navigation.
Ils peuvent être éliminés par voies chimiques (avec les biocides …..) et par voies physiques  (nettoyage mécanique des coques, etc…)

 

Les règlementations européennes en la matière, sont de plus en plus drastiques, en particulier pour les peintures anti-fouling biocides. Nous aborderons au cours de cette réunion les points suivants :

  • Principes du Fouling
  • Moyens de protection
  • Impacts sur le Milieu Marin
  • Evolution des Règlementations
  • Perspectives

Les intervenants sont :

  • F Prenveille, Responsable du Laboratoire de recherche SOROMAP
  • Helou , Responsable commercial de BIO OCEAN
  • A Thévand, Ingénieur Environnement au SIBA
  1. Les anti-fouling : Présentation SOROMAP

Monsieur Prenveille, responsable de l’usine présente la société SOROMAP. L’entreprise créée à la fin des années 1960 est basée à Rochefort. Cette société fabrique et distribue du matériel pour le nautisme. Depuis 1998, le département peinture et vernis s’est spécialisé dans la fabrication d’anti-fouling.

Le règlement européen UE n° 5282012, directive biocide, entré en vigueur le premier septembre 2013 fait suite à la directive européenne 98/8. Il vise à harmoniser la règlementation des états membres de l’union européenne. Son objectif principal est d’assurer un niveau de protection élevé de l’homme, des animaux et de l’environnement, en limitant pour cela la mise sur le marché aux seules substances actives et produits biocides efficaces présentant des risques acceptables.

La mise en œuvre réglementaire s’articule en deux étapes

  • La commission européenne établit une liste des substances actives au niveau communautaire
  • L’évaluation de ces produits peut déboucher sur une autorisation de leur mise sur le marché (AMM).

 

En France, depuis 2016 ces autorisations sont octroyées par ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire). Les substances actives sont répertoriées par Type de Produit (TP)

 

 

               23 Types de Produits sont répertoriés par l’Europe en 4 Groupes

 

Groupe 1 Groupe 2 Groupe 3 Groupe 4
Désinfectants Produits de protection (anti fouling microbes et algues) Produits de lutte contre les nuisibles Autres produits

Biocides

 

Les anti-fouling sont classés dans le Groupe 4 : produits anti-salissures et relèvent de la catégorie TP 21.

Ces biocides, substances actives, sont fabriquées par de nombreuses entreprises internationales. Leur autorisation de mise sur le marché ( AMM)  ont une validité de 10 ans.

Quel est le lien avec REACH ?

Aucun. La directive biocide BPR ne concerne que les biocides alors que  REACH  couvre plus largement la non toxicité de divers produits utilisables sur le marché.

Les biocides concernent seulement 12 produits actifs.

 

Peut-on dire que l’on aura des anti-fouling neutres ?

Il faudra, alors, créer des anti-fouling adhérents sur les coques les plus naturels possibles sans impact pour la santé ou l’environnement.

 

Qu’en est-il des nanoparticules ?

La technologie est encore plus dangereuse et complexe à gérer. De plus la règlementation n’est pas encore au point.

 

Où en est-ton des molécules autorisées ?

L’ANSES doit se plier à la directive. Actuellement une dizaine de molécules actives sont sur le marché et sont en cours de réévaluation. Les mullicides et les algicides contenus dans les anti-fouling peuvent encore être utilisés par les particuliers. Après interdiction d’une  molécule la législation prévoit un an pour écouler les stocks encore disponibles sur le marché

La directive va dans le bon sens l’effet cocktail des molécules utilisées est pris en compte dans les analyses de pré-études. Cependant, du fait de la sélection des molécules et des impératifs qui les réagissent, les anti-fouling sont moins efficaces.

  1. Carénage mécanique à flot Présentation Laurent Helou

Cette société a été créée en 2002 par des plaisanciers soucieux d’avoir une solution pour éviter de gratter le bateau. Ils sont partis du principe que les anti-fouling sont un mal nécessaire pour la préservation des coques mais il fallait trouver une alternative pour nettoyer les surfaces immergées. Pour info, http://www.bio-ocean.fr/

La solution de carénage à flot, sans sortir le bateau, a été envisagée mais l’utilisation de la haute pression sous-marine n’a pas été concluante.

Le système de brosses à rouleaux avec une pression réglable a donné de bons résultats. Il s’agit d’ensemble flottant, tractable comme un bateau, pouvant s’amarrer facilement dans les ports. Le dispositif mesure jusqu’à 3 m de long et 4 m de large. On peut régler la pression en fonction du bateau, les brosses sont souples pour ne pas rayer les coques. Le système est doté d’un fond de  récupération des salissures qui sont traitées à terre.

 

Avec une occurrence d’1 passage tous les 2 mois et un brossage de 20 mn, ce système permet d’agir en préventif et surtout de ne recourir à aucun anti fouling.  En été un passage tous les 15 jours est recommandé.

 

Comment cela fonctionne t-il ?

Le nettoyage s’effectue sur abonnement, de 250 euros par an environ, comme une station de lavage de voiture. La structure peut être achetée par le Port. Par exemple, en expérimentation à Cherbourg, 130 clients soit 10 % du parc ont utilisé cette technique. A ce jour, c’est encore insuffisant, cela implique un changement de comportement des propriétaires.

L’installation d’une structure coûte 130 000 euros. Pour l’amortir, il faut donc vendre un service et le rentabiliser. Il faut donc expérimenter dans de nombreux ports et, convaincre.

  1. Présence et impact des antifouling   Présentation Adeline Thévant du SIBA

L’intervention d’Adeline Thévant fait le point de la situation, des avancées et des études en cours.

La présence et les impacts des anti -fouling sont suivis sur le Bassin d’Arcachon grâce au réseau REPAR qui traite des pesticides selon 5 thématiques d’actions.

Connaitre          Quantifier           Comprendre     Susciter      Partager

dans le cadre d’études pluridisciplinaires conduites avec différents organismes.

Les molécules Anti fouling contiennent des substances actives regroupées dans la directive Biocide dans la classe d’usage TP 21 regroupant les produits anti-salissures y compris algicides et molluscides. Ces molécules peuvent être :

  • Composés métalliques : Pyrithione zincique Oxyde de dicuivre Tiocyanate de cuivre
  • Composés organiques : Irgarol (acibutrine), Dichlofluanides, Tolylfluanide, Zinèbe, DCOIT

De nouveaux composés organiques sont à l’étude : Médétomidine , Tralopyril

-Connaitre :       Une enquête des pratiques a été conduite en 2013

  • L’échantillon porte sur 5 % des plaisanciers du bassin : tableau ci-dessous
  • 86 % utilisent un anti fouling
  • Consommation moyenne de 1.5 L/an/bateau, soit environ 15 000 litres d’anti fouling par an.
  • 9 des biocides anti fouling sont autorisés.

 

 

 

 

Lieu : TOTAL « navigateurs » enquêtés : Dont :
Bassin 646 586 Plaisanciers
36 ostréiculteurs
12 pêcheurs
12 « autres »
Lacs 23 18 plaisanciers
5 « autres » (clubs)

 

 

Nom « vernaculaire »/Nom « légal » Concentrations dans les spécialités commerciales Occurrence dans spécialités commerciales
Oxyde cuivreux 10 à 60% 78%
Tolylfluanide / Dichloro-N-[(diméthylamino) sulfonyl]fluoro-N-(p-tolyl)méthanesulfenamide 0,1à5% 34%
Thiocyanate de cuivre 2.5à25% 26%
Irgarol / N’-tert-butyl-N-cyclopropyl-6-(méthylthio)-1,3,5-triazine-2,4-diamine 1à2% 12%
Dichlofluanide 2.5à10% 9%
Zinèbe 1à2.5% 11%
Pyrithione zincique 1à10% 7%
Cuivre pyrithione / Bis(1-hydroxy-1H-pyridine-2-thionato-O,S) 2.5à10% 13%
Cuivre (métallique) 0,5 à<25% 6%

 

 

 

-Quantifier

Le réseau REPAR suit une centaine de molécules dans les eaux du Bassin. Globalement, on trouve plus de cuivre, les concentrations les plus importants sont constatées sur le Grand banc, à Arguin, à Comprian.  Les pics de concentration sont observés en été.

L’impact d’un produit dépend de deux facteurs : sa quantité et sa toxicité.

IRGAROL

Il faut remarquer que la concentration de l’IRGAROL (acibutrine)  dans le port d’Arcachon a atteint en 2011 : 0.110µg/L en été alors que son seuil autorisé « sans effet prévisible » se situe à 0,044 μg/L. Depuis 2011, on constate une baisse de l’IRGAROL dans le milieu et une augmentation des teneurs en cuivre.

Des prélèvements effectués sur les huitres du Bassin montrent la présence d’Irgarol dans les huitres (inférieur à 1ng/g de poids sec)

CUIVRE

On constate la présence de cuivre dans les huitres et depuis 1983 son dosage (mg/kg) dans celles de Comprian et des Jacquets a été multiplié par 4

Le dosage du cuivre est suivi dans les eaux ainsi que  dans les huitres. Dans l’intra-bassin, le cuivre semble provenir des usages particuliers (biocide toiture, herbicides) et non du bassin versant.

In vitro l’incidence d’effets sur le développement de larves D d’huitres a été observé dès les concentrations environnementales. L’effet cocktail Cuivre + Irgarol a été observé sur la croissance de zostères.

Connait-on les quantités et les molécules qui arrivent du bassin versant ?

  • On trouve beaucoup d’herbicide 60 % arrivant de la Leyre, quelques insecticides, quelques fongicides.
  • Anti fouling 3 %
  • Les colliers pour chien insecticides très nocifs.

M Denechaud remercie les intervenants qui ont clairement situé la complexité de ces sujets. Dans un cadre général, une veille attentive et active doit être conduite,  en association avec des actions de sensibilisation et de développements de projets innovants en matière de protection des coques